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Stéphane Larue Stéphane Larue


Découvrez Bams avec l'album "Dérèglement Climatique"


Publié le Jeudi 3 Octobre 2013 - modifié le Mardi 8 Octobre 2013 - 20:10


Bams débarque en 1999, avec « Vivre ou Mourir », un album rap afro électro inspiré et speed, avec son casque de chantier orange sur la tête Bams détonne sévèrement dans le paysage policé du rap français, elle aligne les textes féministes, politiques ou intimistes sans se soucier le moins du monde de ce qu’il aurait fallu faire pour entrer dans une case et qu’on passe ses morceaux à la radio. Humour, nervosité, grosse dose de charme, inspiration libre et le flow au cordeau, elle enchaîne deux cents dates et fait la une du Monde.
 
Le personnage est posé, la stratégie gagnante : public et critiques sont au rendez-vous.

On retrouve Bams en 2005 pour un deuxième album, « De ce Monde », elle twiste le hip hop, creuse son sillon de meuf énervée mais pimpante, porteuse d’une colère qu’on aurait cru nourrie à la vitamine C, dans les thèmes et dans le son on la retrouve inspirée et résolument non alignée. Le landerneau pop et hip hop français de l’époque est prévisible et lisse, l’album de Bams est une déflagration joyeuse, hip hop/pop acidulée.
 
Elle pose alors les bases de son monde musical : inclassable. Rza la soutiendra. Ils collaborent et pondent l’atypique « Please, Tends l’Oreille ». Bams part en tournée pour l’album, un fourbi de tresses vert fluo sur le crâne, son corps longiligne et le coup d’épaule nerveux, en bête de scène avérée, elle convainc le public partout où elle passe.
 
Son troisième album, « On partira » sort en 2010. Les textes sont toujours aussi soignés, poético politiques, des textes de musicienne qui a quelque chose à dire et pas peur de démonter la langue pour lui faire cracher son swing. Le musicien Feel Good, (ancien collaborateur du groupe Tanger) ajoute moult guitares, riffs et solo, qui poussent Bams au cul et la font décoller. « On Partira » est un pur bijou, mais il n’entre dans aucune case. Bams ne fait pas de la musique estampillée banlieue, ni du rock de jeune, ni du r’n’b variétoche, ni de la chanson française pour radio d’État – son public reste fidèle, mais l’album reçoit l’essentiel de ses louanges critiques à l’étranger, où les journalistes musicaux se réjouissent de pouvoir parler d’une artiste musicale française, qui, justement, se défie des petites cases.
 
Fin 2010, Bams retrouve Dj JunKaz Lou, son acolyte de composition depuis le premier disque, et Feel Good, pour travailler sur « Dérèglement Climatique ». L’élaboration de l’album se déroule sur un peu moins de deux ans… jusqu’à l’enregistrement à Midi Live, Villetaneuse, avec Timour Cardenas aux consoles.

Et Gordon Cyrus mixe l’album, avec génie, il confère au disque un son cohérent, rond chaud et souple sans être jamais ronronnant, il en fait une bulle qui aurait des aspérités, des reliefs et des creux. Un univers, entier. Les compos sont à la fois classiques, qui n’égratignent jamais l’oreille, à la fois une explosion d’inventivité et d’audaces. Les guitares sont électriques, la wah wah ondule, les riffs reggae caressent l’âme et s’intègrent à l’électro afro punk, aux mélodies orientales, aussi bien qu’aux violons… Une musique qui refuse les genres. Obstinément.
Gordon Cyrus, producteur Afro Américain Cheerokee Scandinave travaille autant le rock que le hip hop que la musique Brésilienne. Cet autre briseur de frontières était, définitivement, l’homme de la situation.
 
Car Bams a choisi son nom en hommage à ses origines, un nom qui vient de « Bamileke ». Des frontières entre les genres, Bams a décidé de ne pas tenir compte, et ce depuis son premier disque, mais « Dérèglement Climatique » est particulièrement accompli. Et impossible à catégoriser. Qu’est-ce qu’une frontière musicale, quand on a décidé de s’appeler Bams ? Qui l’a négociée, à quelle table, en présence de qui, et qui s’est occupé de découper le territoire des sons, en fonction des intérêts de qui, et qui a le droit d’imposer qu’on ne franchirait pas plus la frontière qui sépare le hip hop de la chanson française que d’autres frontières, tout aussi discutables, tout aussi mortifères. Bams travaille sur l’intersection. Des genres, des thèmes, des collaborations, des sons. Et son don, c’est qu’au final, bien mieux que cohérent, le résultat sonne comme une évidence, d’une imparable séduction.
 
Aujourd’hui, Bams continue sa route. Elle se promène, là où elle entend que sa voix pourrait porter. Elle croise, tout au long de « Dérèglement Climatique », jazz et électro, hip hop et riffs rock, groove et chanson française, sans confusion, sans trébucher. Côté voix, Bams passe la vitesse supérieure et déploie toutes ses tessitures. Bonne idée : son grain est chaud, sa présence envoûtante et les mélodies entêtantes ont la grâce des évidences pop. Certaines chansons rappellent Mitsouko ou Niagara, tel l’étonnant « Ici », ou « Hémisphère Nord » et son refrain tubesque, « Je viens du Nord, je ne rêve qu’au Sud, mon soleil est à l’Est, j’ai la tête à l’Ouest, où est ma boussole », ou encore « Adieu », une love song déglinguée et fiévreuse, à la Bashung, avec ses Riffs folk et envolées de violons gainsbourgiens… S’il y a, dans cet album, une part essentielle de douleur et d’ombre, elle est toujours métamorphosée par de puissantes échappées belles. Bams n’évite pas les thèmes politiques ou personnels qui éraflent l’âme, elle est femme, elle est noire, elle est une jeune mère qui a enfanté dans un monde qui ne va pas uniquement bien, elle ne l’oublie pas. Mais la jeune musicienne prend son élan et explose chaque morceau de sa part solaire.
 
« Entrevoir », qui ouvre l’album, véritable course haletante, est construit comme est construit l’album : Bams, en ancienne championne de Triple Saut, a gardé de la discipline athlétique quelques recettes de prises d’élan. Elle travaille des ruptures qui sont des impulsions, trouve souvent le point d’apesanteur au moment des refrains, et passe la barre, en rotation autour de l’axe rythmique, sans rien perdre de la direction de course. Car c’est bien d’une course qu’il s’agit, ni de fugue ni de fuite ni de charge, mais d’un type de franchissement qu’on n’apprend qu’en courant. Il est sans cesse question de se sauver, au sens de décider de la stratégie à adopter pour ne pas sombrer, ni dans la mélancolie, ni dans la rage, ni dans le nihilisme facile – et on sait qu’il est autrement plus difficile de tenir en l’air que de se ramasser.
 
À l’image du premier clip tiré de l’album, sur le très 80’s « Changement de Trajectoire » – dans lequel Bams impose son nouvel univers : sophistiqué mais cherchant le point de contact avec l’animalité. Passer de la confrontation au dialogue, dominer ses démons intimes, et trouver le point où la fuite devient une envolée.
 
Tout est là, de ce que raconte « Dérèglement Climatique ». Puissance, souplesse, audace, lumière et foulée longue – ou le travail en apesanteur d’une Sans Identité Fixe du paysage musical français. « Détendez vous c’est un shoot de bonheur »

Virginie Despentes


Le site officiel de Bams : http://bams.fm/
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