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Stéphane Larue Stéphane Larue



Sélections de la rédaction

Le prix «Couilles au cul» 2017, pour le courage artistique, décerné à Ramize Erer


Publié le Lundi 30 Janvier 2017 à 10:18




Le jury a choisi de remettre le « Prix Couilles au cul » 2017 à Ramize Erer.

D’abord pour rappeler la situation difficile que vivent en ce moment les dessinateurs de presse turcs – parmi les plus actifs, les plus talentueux et les plus (im-)pertinents du monde – en butte à un pouvoir islamoconservateur de plus en plus autoritaire et répressif. 

Et d’autre part pour rendre hommage au courage de cette dessinatrice et à son combat pour la cause des femmes, victimes collatérales de la politique d’Erdogan.

Depuis 2010, Ramize Erer publie Bayan Yanı , le seul journal de bande dessinée au monde conçu exclusivement par des femmes, ce qui est en Turquie une véritable gageure !

Ramize Erer a fondé ce magazine avec son compagnon le dessinateur Tuncay Akgün, très connu en Turquie. Elle en est la rédactrice en chef. Exilée en France, elle doit aujourd’hui travailler à son magazine depuis Paris suite aux menaces qui pèsent sur elle en Turquie. S’attaquant, à longueur d’albums (non traduits en français), à la société turque, et tout particulièrement aux relations entre hommes et femmes, l’impertinente dessinatrice n’a aucun tabou et crayonne « des filles modernes qui montrent leur cul et se moquent des mecs », admirait son ami Georges Wolinski. Dans les pays musulmans, rares sont les dessinateurs – et les dessinatrices plus encore – qui ont ce genre d’audace.

Ces dernières décennies, les femmes turques figuraient parmi les plus libérées du monde mulsulman. Le droit de vote et leur éligibilité sont institués en Turquie au niveau local depuis 1930 et depuis 1934 au niveau national, soit dix ans avant la France (1944). L’avortement est légal en France depuis 1975 et depuis 1983 (dans certains cas depuis 1965) en Turquie. Mais le gouvernement islamo-conservateur a clairement annoncé sa décision de restreindre ces droits.
Ramize Erer milite clairement pour ces libertés, racontant dans ses récits l’oppression et les putschs, notamment pendant sa jeunesse. Sous son trait apparemment naïf et ironique se dissimulent des situations d’une grande violence décrivant l’oppression dont les femmes sont les victimes.